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« De toute façon avec toi on peut plus rien dire »

Citation: N’importe quelle personne à qui j’ai demandé d’arrêter de faire des blagues oppressives.

Bon. Ça fait un petit moment que je ne suis pas venu·e par ici, j’ai préféré être oisif·ve (prononce-le dans ta tête tu vas voir c’est marrant), me faire manger par les moustiques dans le Vaucluse et manger des graviers sur les routes de Pessac parce que j’ai roulé dans un nid-de-poule que j’ai pas vu parce que j’ai toujours pas de lumières sur mon vélo.

Bonsoir.

Si vous avez la chance de me connaître dans la vie, la vraie, vous n’êtes pas sans savoir que j’aime bien rire, et que quand ça arrive, c’est aussi discret qu’un tank qui traverse la banquise. Mes activités humoristiques préférées sont de créer des néologismes bancals et de mixer des expressions françaises pour amuser la galerie comme on disait dans les boums en 1983. Une de mes personnes préférées m’a même déjà qualifié de « radical·e mais rigolo·te » mais il avait sûrement pas prévu que ça deviendrait aussi chiant à écrire. Pourtant, ces dernières années, j’ai entendu à moult reprises que j’avais pas d’humour, que je censurais les gens qui se voulaient pourfendeurs du politiquement correct, et que « ça va c’est qu’une blague, de toute façon avec toi on peut plus rien dire ! »

Vous l’aurez compris, ce soir on va parler d’humour, de blagues, de boutades, de lol bref de tout ce qui fait ressortir ce qu’il y a de moins gracieux en vous (là je parle de votre rire et faites pas genre il est trop mignon tout le monde rit moche). Trop de fois dans ma vie, je me suis retrouvé confronté·e à ce type d’affirmations :

  • « De nos jours on peut plus rien dire » avec sa variante « avec toi on peut plus rien dire »
  • La célèbre citation de Desproges « On peut rire de tout mais pas avec tout le monde »
  • « Coluche se retourne dans sa tombe »
  • « C’est du politiquement correct »
  • Et après des trucs du genre « dictature de la bien-pensance » et « censure »

Comme je suis une personne très peu organisée, je ne vais pas du tout répondre à ces différents points dans l’ordre, parce que c’est mon article et je fais ce que je veux. Quelque chose qui revient souvent et qui a tendance à nous chatouiller les extrémités des nerfs (quand je dis nous là tout de suite je pense à Estelle), c’est le politiquement correct, particulièrement quand c’est utilisé par des personnes investies et militantes de « gauche ». Politiquement correct, pour un peu mieux vous situer l’expression, aujourd’hui c’est utilisé par Marsault ou encore Zemmour ou encore ma pote bourrée quand elle veut absolument caler sa blague antisémite mais qu’il faudrait qu’elle voit à bien y réfléchir (parfois cette pote, c’est moi aussi, j’suis désolé·e). Il paraît que, quand on vous explique pourquoi votre vanne est [insérer les problématiques des clichés que votre vanne perpétue sur les femmes, les gays ou les personnes racisées ici], on vous censure, on vous prive de votre liberté d’expression, on est enfermé·e·s dans notre bulle avec notre langue de bois.

La liberté d’expression c’est pas la liberté de discriminer. Alors moi bien sûr, je suis content·e de vous apprendre ça si vous étiez pas déjà au courant, mais on arrive fin 2018 et c’est quand même assez fondamental comme information. Vos blagues sur Mamadou, elles font pas reculer le racisme. Vos blagues sur Fatima, elles font pas évoluer les mentalités à propos des femmes musulmanes. Vos blagues sur « cet enculé d’Henri », elles permettent pas à mes potes gays de se sentir en sécurité quand ils croisent un groupe de mecs cis et hétéros sur leur route en rentrant de soirée. Je sais que vous vous sentez sulfureux·ses, que ça vous donne l’impression de transgresser les règles, de faire une blague sur la famille de gros·ses que vous avez vu profiter du soleil à la plage ou du « Transformers » que vous avez croisé dans son fauteuil roulant place de la Victoire, mais en fait, spoiler alert: vous passez juste pour un·e connardasse.

Quand je vous écoute, vous faites de l’humour subversif, politique et engagé, de l’humour qui va vraiment soit faire changer les choses, soit rien faire du tout parce que « oh ça va c’est qu’une blague rigole un peu ! » ou sa variante un peu plus beauf « pète un coup ça ira mieux ». Mais en fait, je ne rigole plus à vos blagues juste parce qu’elles ne sont pas drôles.  Et c’est pas parce que c’est drôle que vos propos sont plus valides et moins oppressifs. Eeeeeeeh non! Tiens, regarde: Si mes jeux de mots ne décrédibilisent en rien mon propos, ils n’existent pas non plus forcément pour l’appuyer ou le valider. La plupart du temps de toute façon mes vannes n’ont aucun contexte et aucun autre but que de créer des mots inutiles mais rigolo et puis c’est pas le sujet ici de toute façon donc tu commences pas.

C’est « marrant » (« marrant » comme une crampe utérine ici, donc pas vraiment, suivez un peu) parce que les personnes qui s’énervent qu’on leur vole leur liberté d’expression ne l’exercent que pour se moquer de tout le monde sauf de la classe dominante, c’est-à-dire et vous l’aurez vu venir parce qu’on commence à bien se connaître vous et moi: l’homme blanc hétéro cisgenre valide et riche. Alors ce soir, j’ai une question pour vous: pourquoi vous préférez rire des personnes qui subissent un système qui marginalise les minorités en perpétuant et imposant les normes dictées par les oppressions systémiques plutôt que de ceux qui nous cassent quotidiennement les genoux? Parce que, et de bonne foi, je vous ai jamais entendu faire des blagues sur les oppresseurs. Y a que les opprimé·e·s qui, encore une fois, ont juste le droit de bouffer des parpaings et le devoir de tout de même hocher la tête et dire merci (si cette conclusion de paragraphe t’a fait penser au générique de Caliméro, à moi aussi t’inquiète)

Là on arrive à mon point préféré, le point Godwin de l’humour: Le point Desproges/Coluche. Mais si vous savez, c’est quand vous faites une blague oppressive à laquelle je ne rigole pas (98% du temps parce que c’est juste pas drôle mais on a déjà eu cette conversation) et que vous me rétorquez: « Comme disait Desproges… » ou « Coluche se retourne dans sa tombe ». Alors je sais, on vous a toujours dit d’être ambitieux·se dans la vie, de ne pas avoir peur de viser la lune, et rêver c’est ce qu’il y a de plus beau, et non pas aimer comme iels chantaient dans la comédie de Roméo et Juliette BREF rêver c’est bien mais garder les pieds dans la réalité c’est cool aussi. Tous les matins je me lève et je pense que je vais voir le sosie de Beyoncé dans le miroir (et le sosie de son compte bancaire dans le mien), et tous les matins tout ce que je vois c’est mes cuisses molles et mon découvert qui se creuse. Peut-être qu’un jour on vous a dit que vous étiez aussi fin et subtil que Desproges. On vous a menti. Il y a eu un super article sur Libé à ce sujet d’ailleurs, si tu veux lire quelqu’un de plus articulé que moi:

On peut rire de tout, mais on peut aussi arrêter de citer Desproges n’importe comment.

Aussi, j’aimerais bien savoir qui a déjà regardé un spectacle de Desproges, pour de vrai. Moi je l’aime bien ce Pierrot. Alors peut-être que je l’aime bien parce que je le regarde assis bien confortablement dans mon siège de privilèges, mais je l’entends pas se moquer des personnes racisées. Je l’entends en mettre une sacrée tartine aux Leroy et aux Lefranc. Je l’entends ridiculiser les racistes. Je l’entends dénoncer ces mêmes Leroy et Lefranc, ces mêmes racistes qui rendent les rues de Paris beaucoup moins sûres. Si tu sais pas de quoi je parle, tu peux regarder .

Aujour’hui, La Zoubida de Vincent Lagaf ou L’Africain de Michel Leeb (vous irez chercher si vous voulez vous manger une mandale de racisme crasse, mais je conseille pas trop), on n’y penserait même pas. Et c’est vraiment une bonne nouvelle. Là vous êtes en train de vous dire « ohlala iel patauge qu’est-ce qu’il se passe », mais c’est que je viens de me souvenir d’un événement assez récent qui m’a beaucoup motivé à pondre c’t’article lo. Il y a un mois je suis allé·e faire la crémaillère d’un pote à Nantes, et à un moment on était très saoul·e·s parce que la vie a fait qu’à cette soirée y avait de la bière et pas qu’un peu mon neveu. J’ai un ami qui a fait une blague et mentionné un surnom qu’on utilisait souvent avant que je change de prénom. L’alcool n’aidant que très peu à garder son sang-froid, j’ai pris la mouche et j’ai expliqué à mon pote que j’étais moyen chaud à ce qu’on me rappelle à mon assignation de meuf cis (parce que je suis trans, au cas où tu m’entendrais pas le crier sur tous les toits de façon quotidienne) et j’ai eu droit à:

« Les gens ils vont te faire des blagues que tu vas pas aimer il faut que tu t’y fasses »

Sur le coup, j’ai pas trop compris pourquoi je me suis autant énervé·e quand j’ai entendu ça. J’ai juste crié que c’était n’importe quoi et puis très vite après, tout le monde est parti se coucher. M’y faire, je le fais depuis que je suis tout·e petit·e, quand on sait qu’une des premières vannes que mon père m’a raconté c’est « Quelle est la différence entre une femme et un chien ? » quand on était parti·e·s en week-end chez tata Caro, on peut dire que, comme pas mal de meufs et d’AFAB*, serrer les dents et sourire poliment quand on me sort une vanne pourrie j’ai appris assez tôt. En fait je me suis énervé·e parce que, les gens qui demandent aux minorités d’accepter leur intolérance, j’en peux juste plus. Oui, vous avez le droit de vous exprimer librement mais oui aussi et surtout on a le droit d’être agacé·e·s, révolté·e·s ou dégoûté·e·s par votre humour qui disons-le nous franchement n’est qu’un véhicule à clichés tous plus abjects les uns que les autres.

J’espère que désormais vous savez que, le pire qui puisse arriver dans cette situation, ce n’est pas qu’un·e ami·e vous reprenne sur vos propos racistes ou sexistes et vous le disent et vous expliquent pourquoi ça l’est, mais bien le fait de tenir des propos racistes ou sexistes. Quand on me fait une blague qui insinue que je suis une pute** et que je me barre de la soirée comme une tornade en claquant une porte qui fait malencontreusement tomber un escabeau avec grand fracas, c’est pas ma réaction qui est problématique, excessive, hystérique (lol). C’est le mec qui pense qu’une blague misogyne faite à une meuf – ou personne qui subit le sexisme à un niveau systémique – c’est ok qui est problématique. Moi je recommencerai à rire à vos blagues sur la pilosité des portugaises quand vous en ferez au moins autant sur les patrons de multinationales, sur les mecs, sur les blanc·he·s, sur les personnes cis et sur les hétéros. En attendant, je vous regarde du coin de l’oeil et je vous condamne silencieusement.

Peut-être qu’en octobre 2018 on ne peut plus rire de tout avec tout le monde et n’importe qui, mais peut-être qu’il aurait fallu commencer par ne pas rire de la misère d’autrui ! #VictorHugoReborn

 * Assigned Female At Birth, soit « assigné·e femme à la naissance »

 ** Le mot « pute » faisant référence aux travailleur·se·s du sexe, on peut peut-être considérer la possibilité d’arrêter de se servir du mot comme une insulte. Et quand je dis « peut-être considérer la possibilité d’arrêter », je dis ARRÊTEZ CA SUFFIT.

Si t’as pas soufflé du nez au moins une fois en me lisant je t’accuse de censure direct. ♥

 

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Le 8 Mars, les copines, et puis moi

« Parce que l’idéal de la femme blanche, séduisante mais pas pute, bien mariée mais pas effacée, travaillant mais sans trop réussir, pour ne pas écraser son homme, mince mais pas névrosée par la nourriture, restant indéfiniment jeune sans se faire défigurer par les chirurgiens de l’esthétique, maman épanouie mais pas accaparée par les couches et les devoirs d’école, bonne maîtresse de maison mais pas bonniche traditionnelle, cultivée mais moins qu’un homme, cette femme blanche heureuse qu’on nous brandit tout le temps sous le nez, celle à laquelle on devrait faire l’effort de ressembler, à part qu’elle a l’air de beaucoup s’emmerder pour pas grand-chose, de toutes façons je ne l’ai jamais croisée, nulle part. Je crois bien qu’elle n’existe pas. » Despentes, King King Théorie

Aujourd’hui, mon militantisme féministe n’est plus à prouver. J’ai eu l’occasion mainte fois d’être taxée au mieux de radicale, au pire d’extrémiste, que ce soit sous mon propre toit, en soirée sobre ou à trois grammes, ou pendant les repas de famille. Les conversations ont fini par tourner majoritairement autour de ça : le féminisme. On m’a reprochée d’être misandre, de haïr les hommes, on m’a demandée pourquoi je ne devenais pas tout simplement lesbienne si ça pouvait me permettre d’arrêter de parler sans cesse de la violence du patriarcat. Je suis devenue un cliché : Cheveux courts, roses, épilation aléatoire, féminité questionnée, végétarienne, qui crache sur les riches et les gens de droite, et puis mon discours. Mon discours constant sur la domination masculine, les différences de traitement, les inégalités de salaire et j’en passe. On m’a dit aussi que mon féminisme était tolérable parce que j’étais rigolote. « Radicale mais rigolote ». Prendre un ton léger pour parler de sujets graves, tout de suite ça dédramatise, ça impose une distance qui permet aussi de se dédouaner de ses privilèges et responsabilités.

Aujourd’hui, je suis fatiguée. Fatiguée de devoir modérer mes propos pour ne pas passer pour une « féminazi », pour ne pas froisser la masculinité hégémonique de mon entourage. Fatiguée de ne pas oser vous demander de checker vos privilèges. De ne pas vous demander d’arrêter de penser que vous savez mieux que nous parce que vous avez coché toutes les cases au grand jeu des privilèges. De cesser vos male tears quand on parle des salaires, de la garde des enfants, du harcèlement de rue, des violences sexistes, du viol. Personne ne nie que ça vous arrive aussi. Personne ne nie les injonctions à la virilité, à la performance, à la gaule systématique et constante. Personne ne nie la difficulté de n’avoir pas droit aux émotions, aux sentiments, à la douceur. Pour être tout à fait honnête, je n’échangerais pas ma place avec la votre, ou peut-être juste pour que ma colère soit enfin légitime et pas hystérique. Mais non. Si je m’énerve, je suis violente et castratrice. Eh bien c’est ce que je serai. Mais arrêtez de me demander de m’excuser d’être en colère. D’avoir la rage. Je n’ai pas envie d’avoir honte d’être dégoûtée, révoltée. Parfois c’est juste trop, parfois c’est la dixième fois que je réponds à cette même question: « Pourquoi tu as besoin d’être autant féministe? » Et puis je lis des articles sur Internet, et j’apprends qu’en 2016, 123 féminicides ont été commis. Avez-vous réellement besoin de me demander pourquoi?

Aujourd’hui je voudrais parler des femmes. Le 8 mars, c’est notre journée. La journée internationale de lutte pour les droits des femmes. Pas la journée de la femme. Pas la journée pour nous offrir un bouquet ni pour nous dire qu’on est belles. Pardon les copains, mais ce pavé il est pour mes copines, et mon entourage qui ne rentre pas dans la binarité. Mes copines brillantes, critiques, qui s’épilent et qui ne s’épilent pas, qui se maquillent et qui ne se maquillent pas. Pour celles qui ne se retrouvent pas dans les stéréotypes de genre et celles qui n’en ont rien à faire. Pour celles qui préfèrent les Converse et celles qui sont à l’aise en talons aiguilles. Pour celles qui se font diminuer, mansplainer, couper la parole en public et dans le privé. Pour celles à la sexualité débordante et celles qui n’en ont pas. Pour celles qui n’ont pas peur d’envoyer chier les harceleurs, et celles qui n’osent pas. Pour celles qui aiment le bondage et celles qui préfèrent le missionnaire. Pour celles qui aiment les pénis, les vulves et les deux. Pour celles qui sont athées et celles qui ont des convictions religieuses. Pour les ouvrières, filles d’ouvrières, et celles de classe moyenne supérieure. Pour celles sans soucis et celles qui en ont trop. Pour mes copines en couple depuis dix ans et celles qui vivent l’amour à plusieurs. Pour celles avec un mental d’acier et celles qui pleurent pour tout et n’importe quoi. Pour celles qui ont la tête à l’air et celles qui ont choisi de la couvrir. Pour mes copines aspirine et pour mes copines racisées. Pour mes copines qui sont mères et celles qui ne souhaitent jamais le devenir. Pour mes copines cis et pour mes copines qui sont des copains, ou les deux, ou ni l’un ni l’autre. C’est pour mes copines et moi. Celles qui rentrent dans les cases, celles qui n’y rentrent pas, et celles qui refusent d’y rentrer.

Aujourd’hui, il est temps de comprendre que ce n’est pas à nous de régresser dans la pensée et la déconstruction, mais que c’est à vous d’évoluer. D’évoluer positivement. Et de nous écouter aussi, sans nous taxer de folle ou de vieille fille à chats dès qu’on n’est pas d’accord (en plus c’est psychophobe et âgiste donc je suis semi chaude). Ça fait trop longtemps qu’on nous demande de nous taire et de rester dans la cuisine. Aujourd’hui, l’heure est à la parole. Franche. Sincère. Ouverte. Aujourd’hui, je suis constamment entourée de personnes bienveillantes, safe, brillantes, critiques, ouvertes, des personnes pour qui j’ai une affection et un amour indéfectibles. Comme beaucoup, j’ai été victime de violences sexistes. De violences sexuelles. Et puis de viol tout court. J’en ai bavé. J’en bave toujours. Mais on a su m’écouter et me faire sentir en sécurité. Je me suis retrouvée dans un espace safe, et pourtant mixte. Comme quoi c’est possible. Depuis deux ans, je me suis radicalisée. Et tant mieux pour moi. C’est une protection supplémentaire et nécessaire que je ne souhaite plus devoir justifier. C’est arrivé parce que le trauma, parce que les « salope », « goudou », « pute », « fille facile », « mademoiselle », « gonzesse », « bonne qu’à écarter les cuisses », je n’en pouvais plus de les entendre.

Aujourd’hui, on sait que les femmes sont importantes. Pourtant on attend toujours le respect. Pas la galanterie. Le respect. On va prendre de plus en plus de place, jusqu’à ce qu’on arrive à ce 50/50 que vous pensez déjà acquis, jusqu’à ce qu’on partage également les sphères publiques et domestiques, jusqu’à ce que vous cessiez de travailler jusqu’à pas d’heures et qu’on puisse se délester de cette charge mentale qui nous pèse. Ce « vous » ? Si vous êtes piqué pendant la lecture de ce texte, c’est que vous êtes concerné. Ou que vous connaissez quelqu’un de proche qui l’est. La condescendance, l’infantilisation, le manque de crédit donné à nos paroles et réflexions, c’est vous, la façon dont vous nous avez éduqué, la façon dont vous nous avez abordé, pénétré, soumise parce que vous pensiez être dans votre bon droit. Alors la prochaine fois que vous levez les yeux au ciel quand vous m’entendrez dire que c’est la faute du patriarcat, du sexisme, du machisme, de la misogynie institutionnalisés, réfléchissez-y à deux fois. La prochaine fois que vous jugez une tenue comme un appel au viol, rappelez-vous qu’il n’existe rien de tel. La prochaine fois que vous jugez le voile comme un symbole oppressif, renseignez-vous. La prochaine fois que vous direz à une femme grosse que son poids la met en danger, soyez honnêtes avec vous-même. La prochaine fois que vous vous demandez pourquoi une femme violée n’a pas appelé à l’aide ni porté plainte, questionnez la responsabilité du violeur. La prochaine fois que vous dites que si on veut avoir plus de temps de parole et de place dans l’espace public, on n’a qu’à le prendre, comprenez qu’on nous a appris à croiser les jambes, à être sage et discrète pendant que vous jouiez au foot et que vous pouviez hurler dans la cour de récréation. Vous n’avez plus d’excuses. Votre âge, votre génération ne sont pas des excuses.

Aujourd’hui, c’est la sororité qui prime. Alors à toutes mes sœurs, mes amies, ma mère, mes tantes, mes cousines, mes collègues, mes camarades de lutte : Le savoir c’est le pouvoir. L’entraide c’est le pouvoir. On se serre les coudes jusqu’au bout. On veille les unes sur les autres. Et pour mes frères, mes amis, mon père, mes oncles, mes cousins, mon neveu, mes collègues, mes alliés : Respectez-nous. Arrêtez de nous appeler « ma petite », d’appeler des femmes des filles quand vous n’êtes que des hommes. Quand on vous demande d’arrêter de nous appeler mademoiselle, arrêtez de nous appeler mademoiselle. Soyez attentifs, nous ne sommes pas seulement des utérus sur pattes. Et pensez à ravaler votre validation quand on ne la demande pas. Oh, et une dernière chose : si vous pensez que le féminisme nous rend lesbiennes, c’est probablement le moment de vous remettre en question.