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15/07/2018

Bonjoir.

Hier j’ai eu 25 ans. Mon anniversaire c’est vraiment mon jour préféré parce que c’est un jour pendant lequel on dirait que le monde tourne autour de mon nombril, bien qu’hier la vedette m’ait été volée par le match France-Croatie et l’orage qui s’est abattu sur les quais bordelais.

25 ans on a l’impression que c’est toujours une grosse étape, le fameux quart de siècle effrayant qui vous projette d’un coup dans le monde gris et froid des responsabilités et des impôts à payer. J’ai donc célébré mon anniversaire avec des bonbons et des confettis, parce que quelque part j’aurai toujours 5 ans, j’aurai toujours besoin d’être entouré·e, soutenu·e, de savoir qu’il y aura toujours quelqu’un pour me rattraper par la grenouillère quand j’aurai envie de me jeter par la fenêtre – une chance qu’à Bordeaux je vive au rez-de-chaussette.

Hier c’était un peu spécial, mais je ne peux pas en parler tout de suite, il faut que j’attende le 28 Juillet, bien que peut-être vous ayez déjà la puce à l’oreille en voyant ces petits points médians qui traînent. En attendant de pouvoir écrire tout un article sur un sujet dont je ne parlerai pas ce soir, je me suis dit: « Mais dis donc Jamy, c’est quoi qui me rend heureux·se aujourd’hui ? »

Aujourd’hui, contrairement à l’année dernière, je suis sobre. Relativement, parfois je bois une bière, parfois deux, au-delà j’ai trop mal à la tête et j’assume plus. La sobriété c’est peut-être un détail pour vous, mais pour moi ça veut dire beaucoup. Je l’ai fait pas seulement pour mon foie, ou mes reins, ou ma vessie, ou mon estomac, bien qu’ils me remercient chaque jour un peu plus de ne plus leur infliger des douches à l’éthanol. Je l’ai fait déjà parce qu’avoir la migraine un jour sur deux c’est chiant, mais surtout parce que, petit à petit, j’ai arrêté de me balancer des parpaings au visage dès que je faisais quelque chose plus pour moi que pour plaire aux autres. J’ai accepté que parfois je suis triste, parfois je suis en colère, et parfois je ressens tellement trop fort que ça déborde et j’en fais des caisses.

Tout ça j’ai fini par l’accepter en me rendant compte que la seule personne qui trouvait ma personnalité insupportable et intolérable, c’était moi. C’est pas mes potes qui me hurlent dans les oreilles que je mérite pas mes ami·e·s, que je suis un·e lâche dégonflé·e, stupide, puéril·e et ennuyeux·se à mourir. C’est juste moi. Ma fête d’anniversaire, elle était pleine de couleurs, de sucre et de personnes prêtes à écouter Britney Spears, Whitney Houston et les Pointer Sisters sans broncher, parce qu’elles m’aiment (et aussi parce qu’elles aiment ça, on va pas se mentir). J’ai plein de gens qui sont heureux de passer du temps avec moi autant que je le suis de passer du temps avec elleux. Hier c’était ma journée, j’ai été recouvert·e de cadeaux, de ballons, de glaçage au chocolat, mais j’ai surtout été noyé·e dans un bain d’amour, de chaleur humaine (et je dis pas ça parce que c’est l’été) et de gens qui m’aiment assez pour me dire que, mon gâteau, « franchement je m’attendais à pire ! »

J’aurai toujours dans mon coeur des petits refuges aux odeurs d’encens et de tabac froid, les pieds dans une piscine gonflable au Coubarbier, les jambes croisées sur le sol d’un appart’ à Gambetta ou encore dans cet énorme fauteuil rose 15 place Monprofit. Le réconfort a les couleurs d’un camtar aux murs rouges, d’une AX recouverte de stickers et sonne comme le silence de la campagne et des chèvres qui bêlent au fond du jardin. Et, quand je n’arrive plus à me tenir tout·e seul·e, ou que la grosse voix crie trop fort dans ma tête que je n’arriverai jamais à rien, je me retrouve transporté·e un Dimanche après-midi dans une grande piscine ou dans les bras et contre la peau de Bertrand, sous le plaid sur le canapé, des jolis dessins sous les doigts qui me font divaguer.

Finalement, je voulais juste remercier toutes les jolies personnes qui m’envoient des vidéos de corgis, qui partagent ma passion pour RuPaul ou qui ne la jugent pas, qui font les allers-retours pour me récupérer sur l’aire d’autoroute des Herbiers ou de Gétigné, qui me font des compil’ CD en 2018, qui m’ont préparé des nouilles à 5h du matin en rentrant du Void, qui ont mangé des grignettes avec moi en lendemain de gueule de bois, les gens qui m’ont dit « je t’aime » spontanément ou quand j’avais besoin de l’entendre, celleux qui m’ont soigné les poignets quand j’arrêtais jamais de les couper. Merci pour les encouragements constants, le soutien, les vagues d’amour et les regards qui disent le reste. Vous êtes merveilleux·ses.

Hier j’ai eu 25 ans. C’était vraiment une belle journée.

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« T’es jolie mais faudrait que tu fasses plus de sport »

Citation d’Antoine B., 31 ans, mon copain de l’époque

Le crops. Coprs. Copors. Corps. Un mot bien orthographié au bout du quatrième essai. Un mot qui vit, un mot qui dit une chose qu’on fait souffrir tôt. Souvent. Beaucoup. Le corps est singulier parce qu’on en a qu’un – sauf si tu es très riche et que tu peux t’en acheter un deuxième et dans ce cas peut-être as-tu de la chance, ou peut-être que si tu l’avais aimé mieux ton corps, tu aurais pu garder tes sous pour les donner aux animaux qui souffrent dans les refuges. Mais je m’égare.

Au même titre que « la Fâme », je devrais dire « les corps ». Si je dis « un », je dis qu’il n’y a que lui qui a le droit d’exister, et celui qui a droit d’exister, c’est celui qui est blanc et qui est mince. Je vais partager mon expérience de meuf blanche cis dont la pratique est hétéro (pratique différente de l’orientation mais on n’est pas ici pour en discuter aujourd’hui), en gros je doute que vous y appreniez quoi que ce soit, mais « on est en démocratie ici, et la liberté d’expression alors?! » comme dirait n’importe quel groupe réac de droite, bien que ce soit un pléonasme. J’accepte par ailleurs que, par la suite, on vienne me balancer mes privilèges dans la tronche parce que, comme d’habitude, suis-je vraiment légitime?

Mon corps est un tout. Il commence en haut de mon front et il se termine au niveau de mes talons. Mon corps est entier parce qu’il est à moi. Tout à moi. Et la haine et le dégoût que je lui ai consacré le sont tout autant. Un corps constamment en panique mais surtout, un corps pas très heureux. J’ai jamais vraiment réussi à l’accepter, alors il fallait que je sois sûre que les autres le fassent pour moi. Les autres, ça a été chaque personne qui a posé son regard sur moi. Je ne les ai jamais comptées, mais ça doit faire beaucoup. J’ai cherché la validation dans les yeux des autres, dans les gestes des autres, dans les mots des autres. J’ai cherché l’apaisement dans la nourriture la faim , l’amour la dépendance affective et le sang. Celui-la, pas besoin de le rayer.

Il était toujours de trop. Il a commencé à être de trop quand il a pu être comparé à un autre. Quand on a dit « il existe un corps normal », et que ce corps normal, c’était pas le mien. Ce que je voulais, c’était un corps normé. Dans la norme. Un corps doux et lisse, un corps sans tâches et sans cicatrice. Mais il a changé très vite, mon corps. Il a pris trente centimètres en trois ans, il a pris du poids et il en a perdu, il a pris des muscles et il en a perdu, il a pris la confiance et il l’a perdu. Je lui ai fait faire des régimes à base de rien et du sport le ventre vide, je l’ai aussi rempli jusqu’à ce qu’il gonfle et qu’il ne puisse plus bouger. Je l’ai – consciemment ou non – mutilé, étiré, brûlé, coupé, épilé, gommé, affamé, caché, insulté, la liste serait beaucoup plus longue si je n’avais pas choisi que des terminaisons en « -é ».

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Petit bidou, cuisses zébrées et pieds plats sur tapis à laver.

Pour lui donner de l’amour, je l’ai prêté à des gens. Parfois ça marchait bien, parfois c’était encore pire. Le problème, c’était que, quand j’entendais « t’es belle », mon petit coeur sortait ses petits crochets et allait se planter tant bien que mal contre la poitrine de l’autre. Sauf que ce à quoi il a pas réfléchi ce petit coeur, c’est qu’au bout de ses tous petits crochets, il avait pas accroché de rallonge. Il restait tendu entre mes côtes et celui de l’autre, sauf quand il partait l’autre – et il partait souvent – ça arrachait tout d’un coup! Bah oui, un palpitant ça réfléchit pas beaucoup avec sa tête. J’arrivais pas à me protéger, ni de l’intérieur, ni de l’extérieur. Je prenais tout trop à coeur (voir image précédente) et tout ce qui sortait de la bouche des garçons, je pensais que c’était vrai et qu’ils avaient raison. Mon corps, on lui a dit que ses fesses étaient trop plates, que ses cuisses se touchaient trop (quand le thigh gap était à la mode), qu’il fallait qu’il aille faire du sport et qu’il arrête de manger autant de gâteaux. On lui a dit qu’il serait mieux avec les cheveux longs parce que c’était « mieux sur une fille ». On lui a dit que ses tatouages vieilliraient mal et qu’il allait finir par avoir les seins en gants de toilette. Spoiler alert: Je prends le risque mais jamais je reporte un soutien-gorge de ma vie, oki?

Mais mon corps, il a fini par avoir ce qu’il voulait. Il a rencontré des mains qui lui faisaient du bien, des bouches pour lui chuchoter qu’il était beau comme ça, avec ses zébrures et sa carte de France tracée sous la peau. Il s’est réveillé avec des sourires, des gueules de bois et des petits-déjeuners au lit. Il a été pris en photo et pris dans les bras, il a fait l’amour la lumière allumée, en ayant de moins en moins peur de faire des plis, il s’est retrouvé contre des peaux qui piquent, des peaux britanniques, des peaux tatouées, mais il s’est surtout retrouvé tout seul. Avec juste mes yeux pour le juger. Constat? Il a grossi. Il a pris une taille de vêtements, parce que j’adore manger, parce que je travaille assise, parce que j’ai pas besoin de le justifier. La vraie question, c’est: est-ce que j’étais plus heureuse dans un jean en 36 et en perdant chaque matin vingt minutes de mon temps pour me maquiller? Est-ce que je l’aimais plus (+) quand je lui retirai consciencieusement sa toison? Quand je portais des soutiens-gorge qui me donnaient du mal à respirer? Est-ce que je le préférais quand je l’empêchais de vraiment exister, en fait. Je pense que la réponse est claire, mais si comme moi vous avez une piètre capacité d’attention, je vous la donne: la réponse est non. J’ai toujours pas de muscles dans les bras, j’ai pris du bide et des cuisses, mes seins ont perdu en gravité et j’ai ajouté cinq tatouages à ma peau. Je coupe mes cheveux courts et parfois je porte des débardeurs sans avoir les aisselles lisses. J’ai même fini par aimer ma bouche et mes dents, et on sait très bien que c’était pas gagné. Est-ce que ça vous intéresse? Encore une fois, non. Mais, est-ce que c’est cool de faire ce que l’on veut? You know the answer already.

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Bon ok là j’ai un soutien-gorge mais j’ai pas de slipe donc ça compense et puis de toute façon je suis libre je fais ce que je veux

Bien que pour moi, la question de choix dans toutes ces pratiques normatives me semble assez impossible, la ligne éditoriale (lol calme-toi t’écris pas pour le Times) n’est pas de dire « les meufs qui portent des talons, se lissent les cheveux et ne peuvent pas sortir sans maquillage sont des boloss ». Genre, non. Jamais. Si pour toi c’est important, ça ne fait pas de toi quelqu’un de moins respectable pour autant. Il me semble néanmoins important de questionner ces normes, parce que moi elles m’ont rendu triste, j’en applique encore quelques unes et j’aime pas toujours beaucoup, mais, pour conclure: Sisterhood is powerful et love sur vous. ♥

 

Le 8 Mars, les copines, et puis moi

« Parce que l’idéal de la femme blanche, séduisante mais pas pute, bien mariée mais pas effacée, travaillant mais sans trop réussir, pour ne pas écraser son homme, mince mais pas névrosée par la nourriture, restant indéfiniment jeune sans se faire défigurer par les chirurgiens de l’esthétique, maman épanouie mais pas accaparée par les couches et les devoirs d’école, bonne maîtresse de maison mais pas bonniche traditionnelle, cultivée mais moins qu’un homme, cette femme blanche heureuse qu’on nous brandit tout le temps sous le nez, celle à laquelle on devrait faire l’effort de ressembler, à part qu’elle a l’air de beaucoup s’emmerder pour pas grand-chose, de toutes façons je ne l’ai jamais croisée, nulle part. Je crois bien qu’elle n’existe pas. » Despentes, King King Théorie

Aujourd’hui, mon militantisme féministe n’est plus à prouver. J’ai eu l’occasion mainte fois d’être taxée au mieux de radicale, au pire d’extrémiste, que ce soit sous mon propre toit, en soirée sobre ou à trois grammes, ou pendant les repas de famille. Les conversations ont fini par tourner majoritairement autour de ça : le féminisme. On m’a reprochée d’être misandre, de haïr les hommes, on m’a demandée pourquoi je ne devenais pas tout simplement lesbienne si ça pouvait me permettre d’arrêter de parler sans cesse de la violence du patriarcat. Je suis devenue un cliché : Cheveux courts, roses, épilation aléatoire, féminité questionnée, végétarienne, qui crache sur les riches et les gens de droite, et puis mon discours. Mon discours constant sur la domination masculine, les différences de traitement, les inégalités de salaire et j’en passe. On m’a dit aussi que mon féminisme était tolérable parce que j’étais rigolote. « Radicale mais rigolote ». Prendre un ton léger pour parler de sujets graves, tout de suite ça dédramatise, ça impose une distance qui permet aussi de se dédouaner de ses privilèges et responsabilités.

Aujourd’hui, je suis fatiguée. Fatiguée de devoir modérer mes propos pour ne pas passer pour une « féminazi », pour ne pas froisser la masculinité hégémonique de mon entourage. Fatiguée de ne pas oser vous demander de checker vos privilèges. De ne pas vous demander d’arrêter de penser que vous savez mieux que nous parce que vous avez coché toutes les cases au grand jeu des privilèges. De cesser vos male tears quand on parle des salaires, de la garde des enfants, du harcèlement de rue, des violences sexistes, du viol. Personne ne nie que ça vous arrive aussi. Personne ne nie les injonctions à la virilité, à la performance, à la gaule systématique et constante. Personne ne nie la difficulté de n’avoir pas droit aux émotions, aux sentiments, à la douceur. Pour être tout à fait honnête, je n’échangerais pas ma place avec la votre, ou peut-être juste pour que ma colère soit enfin légitime et pas hystérique. Mais non. Si je m’énerve, je suis violente et castratrice. Eh bien c’est ce que je serai. Mais arrêtez de me demander de m’excuser d’être en colère. D’avoir la rage. Je n’ai pas envie d’avoir honte d’être dégoûtée, révoltée. Parfois c’est juste trop, parfois c’est la dixième fois que je réponds à cette même question: « Pourquoi tu as besoin d’être autant féministe? » Et puis je lis des articles sur Internet, et j’apprends qu’en 2016, 123 féminicides ont été commis. Avez-vous réellement besoin de me demander pourquoi?

Aujourd’hui je voudrais parler des femmes. Le 8 mars, c’est notre journée. La journée internationale de lutte pour les droits des femmes. Pas la journée de la femme. Pas la journée pour nous offrir un bouquet ni pour nous dire qu’on est belles. Pardon les copains, mais ce pavé il est pour mes copines, et mon entourage qui ne rentre pas dans la binarité. Mes copines brillantes, critiques, qui s’épilent et qui ne s’épilent pas, qui se maquillent et qui ne se maquillent pas. Pour celles qui ne se retrouvent pas dans les stéréotypes de genre et celles qui n’en ont rien à faire. Pour celles qui préfèrent les Converse et celles qui sont à l’aise en talons aiguilles. Pour celles qui se font diminuer, mansplainer, couper la parole en public et dans le privé. Pour celles à la sexualité débordante et celles qui n’en ont pas. Pour celles qui n’ont pas peur d’envoyer chier les harceleurs, et celles qui n’osent pas. Pour celles qui aiment le bondage et celles qui préfèrent le missionnaire. Pour celles qui aiment les pénis, les vulves et les deux. Pour celles qui sont athées et celles qui ont des convictions religieuses. Pour les ouvrières, filles d’ouvrières, et celles de classe moyenne supérieure. Pour celles sans soucis et celles qui en ont trop. Pour mes copines en couple depuis dix ans et celles qui vivent l’amour à plusieurs. Pour celles avec un mental d’acier et celles qui pleurent pour tout et n’importe quoi. Pour celles qui ont la tête à l’air et celles qui ont choisi de la couvrir. Pour mes copines aspirine et pour mes copines racisées. Pour mes copines qui sont mères et celles qui ne souhaitent jamais le devenir. Pour mes copines cis et pour mes copines qui sont des copains, ou les deux, ou ni l’un ni l’autre. C’est pour mes copines et moi. Celles qui rentrent dans les cases, celles qui n’y rentrent pas, et celles qui refusent d’y rentrer.

Aujourd’hui, il est temps de comprendre que ce n’est pas à nous de régresser dans la pensée et la déconstruction, mais que c’est à vous d’évoluer. D’évoluer positivement. Et de nous écouter aussi, sans nous taxer de folle ou de vieille fille à chats dès qu’on n’est pas d’accord (en plus c’est psychophobe et âgiste donc je suis semi chaude). Ça fait trop longtemps qu’on nous demande de nous taire et de rester dans la cuisine. Aujourd’hui, l’heure est à la parole. Franche. Sincère. Ouverte. Aujourd’hui, je suis constamment entourée de personnes bienveillantes, safe, brillantes, critiques, ouvertes, des personnes pour qui j’ai une affection et un amour indéfectibles. Comme beaucoup, j’ai été victime de violences sexistes. De violences sexuelles. Et puis de viol tout court. J’en ai bavé. J’en bave toujours. Mais on a su m’écouter et me faire sentir en sécurité. Je me suis retrouvée dans un espace safe, et pourtant mixte. Comme quoi c’est possible. Depuis deux ans, je me suis radicalisée. Et tant mieux pour moi. C’est une protection supplémentaire et nécessaire que je ne souhaite plus devoir justifier. C’est arrivé parce que le trauma, parce que les « salope », « goudou », « pute », « fille facile », « mademoiselle », « gonzesse », « bonne qu’à écarter les cuisses », je n’en pouvais plus de les entendre.

Aujourd’hui, on sait que les femmes sont importantes. Pourtant on attend toujours le respect. Pas la galanterie. Le respect. On va prendre de plus en plus de place, jusqu’à ce qu’on arrive à ce 50/50 que vous pensez déjà acquis, jusqu’à ce qu’on partage également les sphères publiques et domestiques, jusqu’à ce que vous cessiez de travailler jusqu’à pas d’heures et qu’on puisse se délester de cette charge mentale qui nous pèse. Ce « vous » ? Si vous êtes piqué pendant la lecture de ce texte, c’est que vous êtes concerné. Ou que vous connaissez quelqu’un de proche qui l’est. La condescendance, l’infantilisation, le manque de crédit donné à nos paroles et réflexions, c’est vous, la façon dont vous nous avez éduqué, la façon dont vous nous avez abordé, pénétré, soumise parce que vous pensiez être dans votre bon droit. Alors la prochaine fois que vous levez les yeux au ciel quand vous m’entendrez dire que c’est la faute du patriarcat, du sexisme, du machisme, de la misogynie institutionnalisés, réfléchissez-y à deux fois. La prochaine fois que vous jugez une tenue comme un appel au viol, rappelez-vous qu’il n’existe rien de tel. La prochaine fois que vous jugez le voile comme un symbole oppressif, renseignez-vous. La prochaine fois que vous direz à une femme grosse que son poids la met en danger, soyez honnêtes avec vous-même. La prochaine fois que vous vous demandez pourquoi une femme violée n’a pas appelé à l’aide ni porté plainte, questionnez la responsabilité du violeur. La prochaine fois que vous dites que si on veut avoir plus de temps de parole et de place dans l’espace public, on n’a qu’à le prendre, comprenez qu’on nous a appris à croiser les jambes, à être sage et discrète pendant que vous jouiez au foot et que vous pouviez hurler dans la cour de récréation. Vous n’avez plus d’excuses. Votre âge, votre génération ne sont pas des excuses.

Aujourd’hui, c’est la sororité qui prime. Alors à toutes mes sœurs, mes amies, ma mère, mes tantes, mes cousines, mes collègues, mes camarades de lutte : Le savoir c’est le pouvoir. L’entraide c’est le pouvoir. On se serre les coudes jusqu’au bout. On veille les unes sur les autres. Et pour mes frères, mes amis, mon père, mes oncles, mes cousins, mon neveu, mes collègues, mes alliés : Respectez-nous. Arrêtez de nous appeler « ma petite », d’appeler des femmes des filles quand vous n’êtes que des hommes. Quand on vous demande d’arrêter de nous appeler mademoiselle, arrêtez de nous appeler mademoiselle. Soyez attentifs, nous ne sommes pas seulement des utérus sur pattes. Et pensez à ravaler votre validation quand on ne la demande pas. Oh, et une dernière chose : si vous pensez que le féminisme nous rend lesbiennes, c’est probablement le moment de vous remettre en question.