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« T’étais bourrée? »

Première question qu’on m’a posée, dix jours après.

[TW: viol, violences sexuelles, violences psychologiques, agression sexuelle]

J’étais pas vraiment sûre d’être prête. Le doute subsiste à l’instant même où j’écris, le doute mais la peur aussi. Hier je suis rentrée à Bordeaux en covoiturage. J’ai passé un beau week-end, il y a eu de la joie, de l’euphorie, un petit pincement au coeur, mais comme toujours surtout beaucoup d’amour qui fleure bon le terroir. C’est un de mes meilleur·e·s ami·e·s qui m’a traînée jusqu’à l’aire d’autoroute, et en lui parlant, je me rendais compte de la chance que j’avais d’être entourée de personnes à qui je peux vraiment faire confiance. Le constat de ces 72h? J’avais rarement été aussi bien dans mes soquettes Kiabi. Il n’y avait finalement qu’une chose qui m’empêche d’atteindre le bien-être promis par les pubs Activia.

Aujourd’hui je vais vous parler de viol. Pas de viol en général, mais du mien. Le viol, ses répercussions sur ma santé, et pourquoi je n’ai jamais porté plainte. Ceci est un trigger warning: ne vous infligez pas la lecture de cet article s’il vous fait du mal. ♥

Pour certain·e·s, la lecture de ce post va être pénible, parce qu’il y aura des choses que vous ne voulez pas savoir, ou des choses que vous avez déjà entendu cent fois. Je vais cependant raconter ce que je suis prête à raconter, et si les détails vous semblent glauques ou inappropriés, rappelez-vous que ces détails, c’est ma réalité.

Il y a deux ans, je suis partie vivre en Bulgarie. Un soir d’ivresse intense – et en vivant avec Ula, ça n’avait rien de surprenant – j’ai rencontré un type en sortant fumer ma cigarette devant le Rock n’Rolla. « Do you have a lighter? » le mec me demande. Il avait l’accent britannique et moi le coeur peu résistant, il m’a donc fallu deux secondes pour être charmée par l’homme qui allait littéralement devenir mon pire cauchemar. Je fréquentais quelqu’un à l’époque, alors j’ai résisté un peu, et puis j’ai brisé la clause d’exclusivité du couple. Au début c’était fun, et puis c’est devenu dangereux.

Pour être sûr que je ne m’échappe pas, monsieur a tenté de m’acheter (avec du vrai argent), en me faisant miroiter voyages, maisons et corgis. L’amour – ou du moins l’illusion de celui-ci – m’a toujours rendue fébrile, mais aussi un peu débile. Un soir j’ai invité ce monsieur à venir tout seul à une soirée. Il est venu avec ses deux colocataires. Des suprémacistes blancs se permettant des blagues antisémites alors qu’entourés d’allemand·e·s très sensibles sur le sujet. De la cocaïne dans les narines, des poings qui se serrent, une chaise qui se brise dans un escalier. A ce moment-là, j’avais deux choix: Rester à la soirée ou suivre la bande raciste dont mon amant faisait partie. Devinez qui a pris une mauvaise décision? On est rentré·e·s chez lui et je me suis retrouvée coincée contre la porte de sa chambre, un poing si près de mon visage que je me suis juste laissée couler dans le lit en priant de pouvoir me réveiller le lendemain. Après cette soirée, j’ai eu envie de partir. Il m’a tenue quelques semaines avec des menaces: il publierait des photos de moi sur internet, il contacterait mon copain pour lui raconter ce que j’avais fait au lit avec lui, ou encore des potes, ma famille, tout pour essayer de me salir. Des menaces de me retrouver où que je sois en se servant du GPS de mon téléphone, de venir frapper à la porte de la maison familiale et de ruiner ma vie.

Un matin je suis partie. Doucement. Sans faire d’histoires. J’étais amoureuse de mon amoureux, je lui avais menti, il était temps que je m’en aille. Il a sourit et m’a dit qu’il comprenait, que c’était pas grave, que je devais m’occuper de ma relation d’abord. C’était terminé, j’avais réussi à me défaire de cette peur nauséeuse pour me préserver et sauver ce qu’il restait de moi. A l’époque, je rentrais dans ma petite chambre le teint cireux, les yeux explosés, la boule au ventre, ma colocataire qui me disait qu’il était temps que j’arrête, que j’allais y laisser ma peau. J’ai fini par l’écouter et j’ai repris ma vie dans la joie et le bonheur, comme avant.

Je n’ai plus eu de nouvelles de Nick pendant deux mois. Nick. C’est la première fois en deux ans que j’écris son prénom. Le message était donc passé. Et puis un soir, je reçois un message. Il veut qu’on aille boire un verre dans le centre, il est seul en ville et a des problèmes dont il veut discuter avec une amie. Moi je suis gentille. Crédule et naïve aussi, sûrement. J’y vais, je prends le bus et je prends mon temps, je suis sur mes gardes. Nous sommes à la fin du mois de février 2016, il fait froid, je me blottis au fond de mon siège. Si j’avais su, je n’aurais jamais quitté la chaleur étouffante de mon 18m².

Je me réveille le lendemain matin, les yeux qui vrillent et du sang entre les cuisses. Les draps sont doux, la lumière du matin traverse des rideaux qui ne sont pas les miens. J’essaie de rassembler mes souvenirs: Le trou noir. J’ai encore ma marinière, mais mon jean et ma culotte traînent sur le sol. Il y a quelqu’un à ma gauche mais je suis incapable d’ouvrir les yeux. J’ai peur. Flash. Le dernier bar à cocktails, sa main sur ma cuisse. Je vois que c’est Nick, je vois que je ne suis ni chez lui, ni chez moi, ni dans un endroit que je connais. Flash. Je monte des escaliers recouverts de moquette rouge. La lumière me fait mal au yeux. Je demande ce que je fous à moitié à poil dans un lit avec lui.

« I pounded you while you were sleeping » – « Je t’ai pilonnée pendant que tu dormais »

J’ai jamais réagi. On a quitté ce qui se trouvait être un hôtel, proche du centre-ville de Sofia. Un arrêt au Starbucks pour boire dix litres de thé, et puis un retour au bloc 8, long, 90 minutes de marche qui n’ont pas su arriver à bout de la poisse qui recouvrait ma peau. Du soir de la veille, je me rappelle être arrivée au Sonata, et d’avoir changé deux fois de bar. Nick me servait un nouveau verre quand le précédant était presque vide. Je fouille mon historique d’appels et de recherches: On est allés à l’hôtel en taxi. J’ai pas dépensé un centime de la soirée. J’arrive chez moi, je prends une douche et me recouche. Ma nouvelle coloc me demande où j’ai passé la nuit, pour la première fois je n’ai pas besoin de lui mentir: Je n’en ai aucun souvenir. J’ai des bribes qui me reviennent, mais je ne peux pas leur faire confiance. C’est mon cerveau qui essaie tant bien que mal de combler le vide de cette soirée, un vide qui pourtant a crée 18 mois de souffrance intense. Je me rappelle juste d’avoir dit non, et puis de ne plus avoir été capable de dire quoi que ce soit. Je me rappelle des pleurs, aussi. C’est à peu près tout. Il a continué à me contacter tous les deux mois environ, même après lui avoir dit que je ne voulais plus entendre parler de lui. J’ai supprimé mon compte Facebook, j’ai changé de nom sur l’internet mondial, j’ai fait disparaître mon téléphone bulgare, et aujourd’hui, je n’ai presque plus peur de le retrouver le nez collé à ma porte.

Deux ans plus tard, qu’est-ce qu’il en est? Je vais mieux. Le mois de février reste le mois que j’aime le moins dans l’année. J’ai fait du consentement mon poney de bataille, et la culture du viol l’ennemie à abattre. Le dégoût de mon corps est parti, ma culpabilité pas tout à fait. Dans une société où on questionne la responsabilité de la victime à grands coups de « mais t’avais trop bu, t’es sûre? », de « t’étais habillée comment aussi? » et de « ouais fin si t’as pas dit non… », il a été difficile pour moi de me dire que non, je n’y étais pour rien. Pourquoi on me demande si je mens alors que lui, on ne lui demandera jamais rien? L’été dernier, j’ai vu 3 fois une psychologue pour parler de ma dépendance à l’alcool et de cette « sale histoire ». Forcément c’était lié, mais il m’a fallu du temps pour l’accepter. J’ai des spasmes et des contractions dans les bras, les mains, et une moitié du visage quand je suis très en colère, très triste, très anxieuse et aussi pendant le sexe. Forcément le sexe aujourd’hui c’est plus compliqué. J’ai un peu moins peur de toucher un autre corps, mais c’est toujours une épreuve. J’ai toujours peur de dire « non » et qu’on ne m’écoute pas. J’ai du mal à faire l’amour en étant sobre, et quand ça arrive ça me dégoûte un peu, mais de moins en moins. C’est pour ça que j’en parle. C’est pour ça que je fréquente des mecs gentils, à la virilité peu excessive, aux doigts fins et qui me font des bisous le matin. J’ai refusé de mettre de côté quelque chose qui me faisait tellement de bien. Alors oui, c’est différent. Je me cantonne à un rôle passif parce que je bloque toujours un peu, parce que je ne sais plus quoi ni comment faire, mais beaucoup de choses sont rentrées dans l’ordre. Depuis que je vis à Bordeaux, j’ai cependant recommencé à sortir seule le soir à pied, à avoir l’alcool plus joyeux (sans pour autant que ce soit le feu on sait que ma tendance au mélodrame a toujours été accentuée par la boisson), à vivre pour moi et pas pour un souvenir que je ne récupérerai jamais.

Je n’ai jamais porté plainte et c’est pas quelque chose qui arrivera un jour. Il m’a fallu 10 jours pour comprendre ce qui m’était arrivé – délai plutôt court dans le process d’acceptation – mais 9 mois pour que le déclic se fasse complètement: j’ai été victime de viol. Remettons même cette phrase a l’actif: Mon agresseur est un violeur. Ca fait 27 mois que c’est arrivé, et je ne m’infligerai pas la tentative même d’expliquer aux forces de police, de raconter ce qu’il s’est passé, et de revivre encore la nuit la plus douloureuse de ma vie. Pour le décrire, je n’ai qu’un diminutif et le souvenir d’un accent du sud de l’Angleterre. Rien d’autre.

Ce soir, j’aimerais que ce soit la dernière fois que je raconte cette histoire, mais je sais que j’en parlerai encore. Le viol, c’est pas glamour. C’est dur, c’est violent, et ça détruit tout à l’intérieur. J’écris tout ça pour dire que le viol, c’est pas un inconnu qui vous chope dans un parking souterrain avec une cagoule sur la tête à 3h du matin. Dans 74% des cas, l’agresseur est une personne connue par la victime. Je savais qui c’était, et je l’aimais bien malgré tout. Dans 90% des cas, l’agresseur ne présente aucune pathologie psychologique. Alors quand vous dites que ceux qui violent, c’est des « fous », des « malades mentaux » qui doivent « se faire soigner », réfléchissez-y à deux fois. Mon agresseur était valide. Il était riche, sur le point d’entamer un doctorat, louait des hélicoptères et partait souvent en vacances en Grèce ou en Italie. Un homme comme les autres, en somme. Il était blanc aussi, pour celles et ceux qui se permettent d’accuser les hommes racisés en priorité (et on sait très bien que c’est pas forcément tonton facho que j’accuse ici). Aussi, 96% des victimes de viol sont des femmes. Je serai la dernière à nier que ça arrive aussi aux hommes, et je sais que les statistiques sont très binaires et que beaucoup dans ces chiffres ne sont pas représenté·e·s. Excusez-moi.

Aujourd’hui je suis en colère, toujours. Mais j’ai reçu tellement d’amour, que ce soit de la part des copain·e·s, des partenaires, ou même d’inconnu·e·s en soirée, sur les terrasses et les trottoirs. Aujourd’hui je n’ai plus honte et je n’ai presque plus peur. Aujourd’hui, je demande que mon consentement et celui de mon·ma partenaire soit éclairé et enthousiaste. Je sais également que, si cet événement de ma vie ne me définit pas, il fera toujours partie de moi. Maintenant que j’ai terminé la rédaction de cet article, je peux aussi dire: Aujourd’hui je suis heureuse.

Collectif Féministe Contre le Viol, permanence téléphonique du Lundi au Vendredi de 10h à 19h au 0 800 05 95 95

Les Culottées du Bocal, association d’éducation populaire, et leur brillante conférence gesticulée sur le consentement et la culture du viol

 

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« Ça va, il t’a pas violée non plus »

La première question a été: Est-ce que ça vaut vraiment la peine d’en faire un article? Et puis je suis rentrée, j’ai allumé mon pécé, et la vraie question s’est imposée à moi, sur fond d’écran bleu et lumineux: Est-ce que c’est mieux d’exprimer ma colère avec des mots ou en hurlant sur la voisine du dessus parce que son lit craque depuis 23h la veille?

Donc me voici. Le terme correct pour… peu importe ce que c’est serait sûrement plutôt « billet d’humeur » que véritable « article ». Je ne suis point journaliste, parfois j’ai le coeur et les tripes qui s’excitent et partager c’est cool (mais attention, je ne suis pas une hippie) J’allais dire « ça va vous énervez pas » mais c’est le propre des hippies. BREF. La semaine a été pénible. Il a fallu gérer plein de choses, des tâches administratives aux émotions internes, tout en même temps. Ayant toujours fui les responsabilités dites d’adultes, la semaine s’est terminée avec le souffle court. Le tas de bullshit n’a fait que grandir et grossir, graduellement, à mesure que les jours passaient. Je passe sur les détails de ma vie, et nous voilà déjà à Vendredi.

Vendredi, je pars chercher des croquettes pour chat aux Berges de la Garonne avec une copine. Ne posez pas de questions. C’est une histoire incongrue qui a commencé avec un trajet en tram. Un tram dans lequel une campagne contre le harcèlement dans les transports en commun avait fait parler d’elle (à juste titre). Un tram dans lequel j’étais assise et dont j’ai du sortir plus tôt parce que j’étais en train de me faire emmerder. La météo? mi-figue mi-raisin. Le trajet? Doyen Brus – Gambetta. Le motif? Une mini-jupe à carreaux. Là, tout de suite, j’hésite. Est-ce que demain on va me dire qu’il ne faut pas mettre tous les hommes dans le même panier? Est-ce que demain je vais être qualifiée de castratrice et accusée d’oublier les hommes qui luttent activement dans le féminisme pour une seule mésaventure? Mais aussi: Est-ce que ça aide les autres à en parler tout ça? C’est possible. Tant pis, trop tard.

Vendredi, j’étais dans le tramway, ligne B, un peu avant 17h. Peu avant la fin de mon trajet, à Victoire, un homme monte tout à l’avant, juste devant moi. Le regard fixé sur mes cuisses. Je suis mal à l’aise, mais je ne bouge pas, pas question de me recouvrir pour un type qui a confondu mes jambes avec un étalage de fruits frais au marché du Dimanche. J’essaie de garder une contenance, mais je commence à avoir la nausée. Je le fixe comme pour lui demander d’arrêter. Dix secondes plus tard, il recommence, et me fait un clin d’oeil. Je me lève pour sortir au prochain arrêt. L’homme me regarde, et se mord la lèvre inférieure, un peu comme Bella dans Twilight, l’innocence et le charme en moins. Je bredouille un « C’est bon, ça suffit là ». Et puis il commence à rire. L’humiliation. Je sors, et il me dit « C’est bon ça ». Je rétorque un petit « ta gueule » des familles, lui fait un doigt d’honneur avec mon majeur encore entier, et marche le plus rapidement possible. Bien sûr, pas peu fier de m’avoir excédée, l’homme continue à rire, et me fixe à travers les fenêtres du wagon, jusqu’à ce que je sois hors de vue.

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Un morceau de la jupe incriminée, et beaucoup d’herbe (parce que c’est joli)

Concrètement, pourquoi ça m’énerve? Pas parce que j’ai dû descendre trois arrêts plus tôt. J’adore marcher. C’est le sentiment d’impuissance, de honte et d’humiliation qui subsiste. Parce que je ne pouvais rien y faire. Hurler peut-être. Et passer pour une hystérique qui ne supporte pas un simple regard. J’aurais privé un homme de sa liberté d’importuner. Peut-être me manque-t-il de l’empathie. Peut-être que moi, avec ma mini-jupe, je ne fais que raviver les tisons de la misère sexuelle de ce pauvre monsieur qui, voyant un corps dévoilé, n’a pu faire autrement que de considérer mon corps comme un pot de 500 grammes de houmous (vous sentez la meuf végé qui refuse d’utiliser le terme « morceau de viande » ou ça reste discret?). J’avais l’intérieur des côtes brassé, les dents qui grincent, mais j’ai rien dit. Tant que c’est pas physiquement violent, finalement, est-ce que ça nous intéresse?

J’ai pleuré sur le reste du trajet. Parce que je pleure beaucoup, la plupart du temps quand je rigole d’ailleurs. Mais là, c’était autre chose. J’étais pas triste non plus. Par contre, je contenais un maximum de rage dans 172 centimètres de hauteur de corps. Il m’en aurait fallu beaucoup plus. J’ai essayé de me dire que c’était pas grave. Que c’était « juste un mec dans un tram, une fois ». Et franchement, j’aimerais bien. C’est pas tant qu’on me regarde qui me dérange. C’est juste cet irrespect dégoulinant d’un type qui s’octroie le droit de poser ses yeux sur moi – ou plutôt sur ma jupe, on va pas se mentir il doit même pas se souvenir de mon visage – comme sur un objet sur lequel il va pouvoir se masturber toute la soirée. Pardonnez mon langage. C’est les mots « proie » et « fille facile », « salope » et « pute » qui s’affichent en lettres rouges dans ces regards. Bien sûr, j’ai pu en parler plusieurs fois dans la soirée, j’ai fait un périple en tram, cette fois-ci accompagnée, j’ai bu une bière et consommé du THC, et puis je suis partie à une conférence gesticulée sur le consentement et la culture du viol avec des copines, et jamais le thème n’avait été autant en adéquation avec la journée. J’y reviendrai plus tard à cette conférence, c’était le FEU !

Ce qui s’est passé cette semaine, c’est que j’étais très triste et un peu en colère, et puis maintenant, je suis surtout en colère. Une colère à laquelle je laisse libre cours dans mes stories Instagram parce que ça permet la dénonciation immédiate, et OUI, ça me soulage d’avoir des messages de soutien immédiat. Il y a une heure, je suis sortie courir pour transformer tout ça en énergie positive. Et je me suis faite klaxonner. C’était plus bref que ma mésaventure de Vendredi. Mais ça n’a pas été mieux vécu. Juste un coup de klaxon venant d’un Picasso gris avec deux mecs dedans qui se marrent. Parce qu’ils m’ont fait peur, parce que la vulnérabilité d’une meuf en legging c’est probablement hilarant. Parce que quoi faire, de toute façon? Ils sont en voiture, ils ont déjà disparu avant que j’ai le temps de me retourner. Et puis, me retourner pour dire quoi?

J’entends encore – et de tous genres confondus – des propos de cet acabit, dans des situations similaires:

  • « Et alors? Ça va c’est rien il t’a pas agressée non plus »
  • « Franchement y a pire, t’abuses »
  • « Tu devrais être flattée, ça veut dire que tu plais »
  • « En même temps t’as vu comment t’es bonne? »
  • « Non mais les meufs aujourd’hui on peut plus rien vous dire »
  • « Ça t’avance à quoi de te victimiser comme ça? »

Comme cela a été précisé Vendredi soir, lors de la conférence, le contraire de « victime », c’est pas « fort ». C’est « agresseur ». Être victime d’une agression, quelle qu’elle soit, ne fait pas de moi quelqu’un de faible. Dire qu’on a été victime de harcèlement, c’est pas « ouin ouin les violons Audrey m’a volée mon goûter à la récré » (d’ailleurs Audrey, si jamais tu lis ça, je t’en veux toujours de m’avoir chourée mes cookies en 2002).

Ensuite, le fait qu’il ne m’ait pas touchée ne rend pas l’acte moins violent. Je sais, il y a des femmes qui passent au-dessus, qui n’y prêtent pas attention, et qui sont considérées comme plus fortes ou super badass. Et franchement, j’aimerais bien que ça me touche un peu moins. Mais ça pique et ça fait des hauts-le-coeur.

Le fait que je sois « bonne »… ouais non parce que je suis pas un muffin au chocolat en fait. Pareil, j’aimerais trop. Mais non, si tu croques, déjà je hurle, et ensuite ça saigne. C’est à tes risques et profits.

Pour ce qui est du reste, je passe. Alors peut-être que c’est parce qu’on est Dimanche, parce que la grêle tape contre ma fenêtre, parce que j’ai la migraine que je prends ça tellement à coeur. Peut-être que c’est dans mon tempérament et que ça m’empêche d’avoir les idées claires. Ou peut-être que c’est juste arrivé. J’aurais pu faire une liste de tous les événements similaires auxquels j’ai été confrontée depuis mes 12 ans (parce que je n’ai pas de souvenirs d’avant). 12 ans, c’est la moitié de ma vie. C’est aussi l’âge auquel j’ai crée mon premier blog sur playmoa.com pour déclarer ma flamme à Julien, mon amoureux de l’époque.

Un jour je sortirai avec ma mini-jupe à carreaux, toute seule, sans avoir besoin d’un accompagnateur pour justifier pareille tenue et pour pouvoir marcher tranquille sur les pavés d’Hôtel de Ville. Et puis j’aurai les seins presque à l’air libre, et si on me regarde, ce sera discrètement, et si on me salue, ce sera respectueusement. En attendant, je garde mon étiquette de salope, et je ne m’en accommoderai plus, mais la brandirai fièrement, en même temps que mon majeur. Et, pour citer une amie: « j’te croise dans la rue même pas j’te donne l’heure »