« Ah bon? Ça se voit pas pourtant »

Bonjoir.

J’ai un peu tardé à faire la rentrée de ce blog de la militance du lol, justement parce que j’ai un peu mis mon militantisme de côté cet été au profit du salariat et du nettoyage de cuvettes au Novotel de Meriadeck. Souvent, la fatigue m’accable et puis j’admets aussi que j’oublie parce que j’ai une tête de pois chiche.

Je savais pas trop par quel sujet je voulais commencer cette nouvelle année scolaire, ma scolarité ayant pris fin en Juin dernier, j’ai vite eu l’impression de ne plus rien avoir d’intéressant à dire. J’ai entamé sept articles/billets qui ne verront probablement jamais le jour, la confusion étant reine dans mon petit cerveau tout fripé par la vie. J’ai voulu vous parler de transidentités, de mon agacement permanent envers les hommes cis qui me bousculent dans la rue, du polyamour que je vis depuis quelques semaines avec intensité et sérénité, et puis je me suis rappelé·e que j’adore parler de ma vie intime, des souterrains que mes névroses empruntent les longs soirs dominicaux pendant lesquels la pluie tombe (je vous rappelle que je vis à Bordeaux donc il flotte tout le temps hein).

Avec le manque de but et d’ambition qui est apparu avec la fin de ma vie universitaire, quelque chose est revenue me frapper à la vitesse d’une balle de pétanque (ça va plus vite qu’on ne croit), ce grand drame de ma vie que constitue ma consommation d’alcool. C’est arrivé assez discrètement, une petite bière après le travail, et puis une deuxième, et puis je me suis rapidement retrouvé·e à errer en pleine crise d’angoisse dans les rues de Bordeaux, n’assumant pas la sixième. La plus grande difficulté que j’ai à affronter ces derniers temps, c’est que je ne peux plus profiter de l’étendue du temps libre que m’offrait mon emploi du temps étudiant, où je pouvais tout remettre au lendemain et stresser plus tard d’être dans l’incapacité de finir mon chapitre de mémoire. Non, depuis le mois de Juillet, mon réveil sonne tous les matins à 7h45 pour aller faire un travail que je déteste et qui me pompe tout mon temps. Si au début j’essayais tant bien que mal de gérer, ce week-end il m’a fallu me rendre à l’évidence : Je n’en peux plus.

Ça fait pas mal de temps que je me suis rendu·e à l’évidence et que je parle de mon alcoolisme assez librement, je n’irais pas jusqu’à dire sans honte mais plus légèrement que quand je me mentais encore à moi-même. Les douces personnes queer qui remplissent ma vie se sont, pour la plupart, toutes montrées bienveillantes et à l’écoute, et ont fait preuve d’une empathie sans pareille, bataillant ou ayant déjà elles-mêmes bataillées avec la même addiction. J’oublie parfois que le milieu queer, je ne le transporte pas avec moi dans mon legging de travail, et mon milieu professionnel se trouve beaucoup moins ouvert. J’ai beaucoup entendu que non, je n’étais pas alcoolique, que je sortais beaucoup mais que « c’est pas grave, t’es jeune, il faut que tu profites », ou encore que sur moi « ça ne se voit pas ».

Tout comme ma dépression ne se voit pas, ni mes troubles anxieux, ni mon pré-diagnostic HPI, et pourtant ce sont les valises que je trimbale avec moi partout où je m’arrête.

Ma consommation d’alcool, parfois elle existe parce que je vis un moment social, que je me sens bien, et que c’est rigolo d’être ivre parce que ça facilite aussi beaucoup les interactions avec autrui. Ça on va dire que c’est un tiers du temps. Ma consommation d’alcool, pour les deux autres tiers, elle craint. Elle me sert de béquille quand je trouve le temps trop long, quand j’ai envie d’oublier que j’ai envie de mourir et que je trouve que vivre, ça sert à rien. L’alcool, au début ça m’aide à surmonter des petits obstacles, comme parler à quelqu’un·e de nouveau, aller à un concert dans une cave, embrasser une personne qui me plaît pour la première fois, passer outre la douleur là dans mon foie. Je bois parce que je suis triste, mais je bois surtout parce que je sais plus comment vivre autrement. Je sais plus comment on fait les choses sobre, comment on embrasse sobre, comment on respire sobre. Dans mon frigo, ça fait des mois qu’il n’y a rien eu d’autre qu’un paquet de café ouvert et plusieurs litres de bières en pack ou en canettes. Ça reflète assez bien le contenu de mon estomac qui chaque matin réclame son Oméprazole.

J’entends encore qu’arrêter de boire, c’est juste une question de volonté. On oublie souvent qu’on parle d’une addiction, et que vouloir s’en débarrasser ne signifie pas qu’on va tout de suite y arriver. Je ne compte plus le nombre de fois où j’ai voulu arrêter, où j’ai réussi, et où je suis retombé·e dedans comme Balkany dans une prison. J’ai toujours été envieux·se des gen·te·s qui ne dépendent pas de cette sensation de flou, de flottement, d’anesthésie qui vient dans les pintes de bière et les verres de vin. Pendant que je suis engourdi·e, j’oublie que je suis fatigué·e, j’oublie que j’ai pas de but dans la vie, j’oublie aussi que, depuis mon coming-out, plus de 50% de mon entourage est parti. Alors effectivement non, ça ne se voit pas, mais ça n’en est pas moins réel pour autant. L’alcoolisme, du moins mon alcoolisme, pèse sur tous les aspects de ma vie : parce que j’ai honte, je cache les bières que je bois à mx partenaire, je lui mens, je suis irascible et moins patient·e. Parce que j’ai complètement désappris à exister sobre socialement, je n’arrive plus à exister dans les lieux publics et sociaux sans alcool dans le sang. Parce que je me déteste si fort et que j’ai peur qu’on me déteste en retour, j’ai jamais passé une soirée sobre avec ma nouvelle relation à laquelle je tiens pourtant beaucoup.

Il me reste quelques vestiges de ma vie sobre – ou du moins, plus sobre qu’aujourd’hui – et j’aimerais beaucoup remettre la main dessus. A l’heure actuelle, mon état de santé n’est, si ce n’est déplorable, pas très glorieux non plus. J’ai le foie enflé et douloureux à force de le rincer tous les soirs, les reins qui tirent et la vessie qui soit oublie de se vider, soit se vide plus de vingt fois dans la journée. Ma tête est constamment confuse et en surmenage, ce qui impacte fortement ma psychothérapie car je n’arrive plus à m’exprimer comme avant – aussi parce que les séances d’EMDR me font de plus en plus peur et que je bois toujours une canette avant de m’y rendre et en sortant de chez Béa. Je bois parce que ça me remet dans l’état dans lequel j’étais presque à chaque incident traumatique et que, de manière assez antagonique, ça me permet aussi un peu de les effacer, ou au moins de ne pas trop y penser. Avec le temps, j’ai compris que j’avais abandonné l’idée d’aller mieux un jour, et avec elle l’idée que je méritais quelque chose dans ma vie de plus lumineux. Il y a cette haine de moi-même qui s’est installée et qui emporte tout avec elle. Absolument tout.

Aujourd’hui, on est le 29 Septembre 2019 et, à minuit, ça fera 48 heures que je suis sobre. C’est peut-être un détail pour vous, mais pour moi ça veut dire beaucoup. En étant quelque peu plus frais, j’ai aussi du accepter que, si je me tirais vers le fond, j’entraînais d’autres personnes avec moi, avec la même addiction, avec une faible résistance, et ça, je ne le veux plus. Alors je vais m’y tenir, le plus longtemps possible.

Soyez bienveillant·e·s avec vos ami·e·s dépendant·e·s, peu importe la dépendance. On fait de notre mieux mais on a toujours besoin de vous, un peu ou beaucoup. ♥

« Oh ça va, j’ai pas l’habitude »

“Every time someone steps up and says who they are, the world becomes a better, more interesting place” Captain Raymond Holt

Les mots suivis d’une astérisque (*) bénéficient d’une définition en fin d’article ♥

TW : transphobie, mégenrage, deadnaming, anxiété, cisidentité et blagues semi-qualitatives.

Je ne sais pas si vous êtes au courant, mais il y a quelques temps j’ai effectué un changement assez important dans ma vie en optant pour le port de boxers plutôt que de slipes. Hihihi

Maintenant que j’ai casé le mot « slipe » et ma première blague en introduction, je peux entamer cet article très très sérieux. En Juillet 2018, j’ai annoncé ma sortie du placard en tant que personne trans, m’étiquetant désormais comme « blob avec de la vie dedans ». Ayant vécu 25 ans en étant perçu·e et genré·e comme une femme cisgenre* et avec un autre prénom que celui que je porte actuellement, je me doutais bien qu’il faudrait un certain temps d’adaptation à mon entourage proche et moins proche pour qu’elleux-mêmes procèdent à une transition dans les pronoms utilisés lorsqu’il s’agit de me désigner. J’étais prêt·e à reprendre avec bienveillance toute personne faisant une erreur, et appréhendait la perspective du mégenrage* avec anxiété, mais également avec la certitude que ce serait passager.

Autant vous dire qu’aujourd’hui, le 4 Avril 2019, je trouve ça aussi pénible que l’odeur du bousin que les voisins de mes parents étendent dans leurs champs l’été. Je vous dirais bien que ça commence juste à m’énerver, mais on sait que je suis aussi patient·e qu’un chien à qui on a promis une promenade et que je suis un petit peu au bout de ma charrue, comme qui dirait. Me voici donc ce jour afin de vous présenter l’oeuvre que j’appelle sobrement :

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De la (dé)construction du spleen

Ou comment romancer sa dépression à travers le Xanax.

Pendant que l’angoisse de l’existence me quitte, et avant que celle de la rédaction du mémoire me paralyse, un laps de temps se rend disponible pour laisser à mes mots la possibilité de faire sens. J’existe présentement dans la langueur molle des antidépresseurs, mon attention focalisée sur l’absence de tristesse, ou plutôt l’absence d’émotions. Le grand vide. 

J’ai toujours ressenti beaucoup. Certain·e·s diraient trop. Ma vie est un drame constant, constitué d’amours à sens unique, de morceaux de cœur plantés dans le parquet et d’angoisse tapie, latente. J’ai toujours pleuré beaucoup. J’ai plus de marques de sel que de rides sur le visage. J’ai pleuré quand j’ai fait tomber mon goûter sur le goudron de la cour de récré, j’ai pleuré quand j’ai vu une dame promener son corgi sur les quais, et j’ai pleuré quand j’ai passé des jours entiers à être incapable de me lever. 

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« De toute façon avec toi on peut plus rien dire »

Citation: N’importe quelle personne à qui j’ai demandé d’arrêter de faire des blagues oppressives.

Bon. Ça fait un petit moment que je ne suis pas venu·e par ici, j’ai préféré être oisif·ve (prononce-le dans ta tête tu vas voir c’est marrant), me faire manger par les moustiques dans le Vaucluse et manger des graviers sur les routes de Pessac parce que j’ai roulé dans un nid-de-poule que j’ai pas vu parce que j’ai toujours pas de lumières sur mon vélo.

Bonsoir.

Si vous avez la chance de me connaître dans la vie, la vraie, vous n’êtes pas sans savoir que j’aime bien rire, et que quand ça arrive, c’est aussi discret qu’un tank qui traverse la banquise.

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Nina Simone – Feeling Good

Bon, j’avais dit que je reviendrais le 28, et nous voilà déjà le 30. J’ai passé mon week-end avec la gueule de bois, une première depuis longtemps. Ce que je vais raconter aujourd’hui est intime, personnel, et se passera de réactions transphobes, j’en ai suffisamment pris pour mon grade Vendredi soir MERCI. Allez, c’est parti.

Je suis une personne transgenre. Sans introduction, sans détour. Dit comme ça, ça effraie un peu, c’est inconnu, étrange, ça peut même mettre mal à l’aise, alors que c’est finalement une bonne nouvelle. Je suis une personne trans, mais laissez-moi vous faire la liste de ce que je ne suis pas :

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